Chapitre 2 : L'Environment physique et ses incidences sur le bien-être de l'enfant3

Chapitre 2 : L'Environment physique et ses incidences sur le bien-être de l'enfant

Au cours des dernières années, les préoccupations à l'échelle internationale concernant les effets de l'environnement physique sur la santé des enfants se sont accrues.

En 1997, les ministres de l'environnement des pays du G-8 ont reconnu que les dangers environnementaux menacent sérieusement la santé des enfants partout dans le monde. Ils se sont aussi engagés à trouver ensemble des solutions. Quatre ans plus tard, en 2001, ils se sont à nouveau engagés « à élaborer des politiques et à mettre en place des mesures pour offrir aux enfants un milieu sûr durant leur développement prénatal et postnatal ». Le Canada, les États-Unis et le Mexique, par le biais de la Commission de coopération environnementale, ont accepté de collaborer à la mise en place du Programme trilatéral de coopération pour la santé des enfants et l'environnement en Amérique du Nord (2002).

Le présent chapitre résume comment les dangers présents dans l'environnement, dont les contaminants chimiques et les agents biologiques – moisissures, bactéries, poussières domestiques, acariens – peuvent affecter la santé des jeunes enfants au Canada. Il fait appel à des données nationales sur les enfants canadiens dans la mesure du possible. Des renseignements pertinents provenant de d'autres pays sont également utilisés.

La première section du chapitre décrit pourquoi il est important de bien comprendre les liens entre les dangers environnementaux et la santé des enfants. Les sections subséquentes font le résumé des renseignements scientifiques disponibles sur l'exposition des enfants aux dangers environnementaux et à leurs effets possibles sur la santé.

Pourquoi les enfants sont-ils tout spécialement vulnérables?

Des preuves scientifiques récemment obtenues indiquent que les enfants sont plus vulnérables que les adultes aux dangers environnementaux en raison de leur comportement unique face à l'exposition à des dangers, de leur croissance rapide et de leur développement physiologique. Les preuves recueillies démontrent de plus en plus que l'état de santé d'un adulte est déterminé par son état de santé durant son enfance.

Les enfants sont exposés aux dangers environnementaux de façon plus aiguë et/ou différente que les adultes. À poids égal, les enfants mangent plus de nourriture, boivent plus d'eau et respirent plus d'air que les adultes car leur métabolisme évolue à une vitesse plus rapide. Or, si la nourriture, l'eau ou l'air contient des substances nocives, les enfants y seront plus exposés. Le comportement des enfants peut aussi accroître leur degré d'exposition. Les jeunes enfants jouent souvent à même le sol et mettent des objets sales dans leur bouche. Ils ingèrent donc de la terre et de la poussière en plus grande quantité que les adultes. De plus, l'air qu'ils respirent est plus près du sol, là où les niveaux de particules4et de produits chimiques peuvent être plus élevés.5

La croissance rapide est un facteur clé des dangers environnementaux plus élevés encourus par les enfants. En moyenne, les bébés doublent leur poids au cours des premiers 4 à 6 mois, et le triplent avant d'atteindre leur premier anniversaire.6Les cellules qui grandissent et se divisent le plus rapidement sont plus susceptibles d'être affectées par des contaminants environnementaux que celles qui sont moins actives.7 La physiologie d'un enfant diffère de celle d'un adulte. À titre d'exemple, les enfants ressentent davantage les effets de certains produits chimiques toxiques car leur barrière hémato-encéphalique est plus perméable que celle des adultes. Leurs systèmes immunitaires et de détoxication sont immatures et moins en mesure de résister à des dangers environnementaux. Les enfants absorbent aussi une plus grande quantité de plomb et d'autres substances par leur tractus gastro-intestinal que les adultes.8

Certains groupes d'enfants sont particulièrement vulnérables aux dangers environnementaux, tels ceux ayant une affection sous-jacente ou vivant dans la pauvreté. À titre d'exemple, plusieurs maladies chroniques, dont l'asthme et la mucoviscidose, s'aggravent à la suite d'une exposition à une mauvaise qualité de l'air.12 Les enfants qui vivent dans des familles à faible revenu sont plus enclins à grandir dans des quartiers près d'industries polluantes et de grandes artères.13

Regroupés, tous ces facteurs pointent vers la nécessité d'en savoir davantage sur les dangers environnementaux présents dans l'environnement physique et leurs incidences sur la santé des enfants.

Comment les enfants sont-ils exposés aux dangers environnementaux?

Les jeunes enfants sont exposés aux dangers environnementaux de diverses façons. La section qui suit décrit des situations où les enfants sont exposés à ces dangers dans des environnements extérieurs et intérieurs.

L'environnement extérieur

L'environnement contribue de façon vitale à la croissance et au développement sain des enfants, et à l'amélioration de leur qualité de vie. Dans l'environnement extérieur, les enfants sont exposés aux dangers environnementaux présents dans l'air qu'ils respirent, l'eau qu'ils boivent, les aliments qu'ils consomment et même la terre avec laquelle ils entrent en contact.

Qualité de l'air à l'extérieur

En 2000, le Canada a adopté de nouvelles normes d'émission pour les principaux éléments du smog – particules et ozone – normes qui doivent être atteintes d'ici 2010. Plusieurs régions du pays doivent améliorer significativement la qualité de l'air pour respecter ces normes. Toutefois, la plupart des régions sont en deçà des normes minimales requises pour les autres polluants.

La pollution de l'air est surtout associée aux activités quotidiennes de l'être humain. Des polluants sont émis par les véhicules automobiles, les procédés industriels – usines de pâtes et papiers, fonderies, raffineries de pétrole, centrales énergétiques et incinérateurs – et les combustibles fossiles comme le gaz, le pétrole, le charbon et le bois.

Au Canada, les polluants qui se retrouvent le plus souvent dans l'air sont entre autres l'ozone troposphérique, les particules, le monoxyde de carbone, l'anhydride sulfureux et les oxydes d'azote. Ces substances constituent les principaux ingrédients du smog ou de son précurseur, et certaines contribuent même à la formation de la pluie acide.

Chez les enfants, les conditions de santé associées à la pollution de l'air (voir le Tableau 1) ressemblent à celles présentes chez les adultes. Cependant, les enfants sont plus vulnérables car ils jouent davantage à l'extérieur et sont plus actifs que les adultes. De plus, la vitesse du métabolisme des enfants étant plus rapide que celle des adultes, ces derniers respirent trois fois plus d'air, toutes proportions gardées, par jour. Puisque les poumons des enfants sont en plein développement, les dommages résultant d'une exposition prolongée à des polluants atmosphériques peuvent nuire à ce développement et entraîner des maladies pulmonaires chroniques plus tard durant leurs vies.14

Tableau 1 : Conditions de santé reliées aux polluants atmosphériques courants15
Polluants atmosphériques Conditions de santé
Particules Taux de mortalité accru
Diminution du fonctionnement et de la croissance des poumons
Aggravation des problèmes d'asthme
Taux d'hospitalisation accru pour des maladies cardiorespiratoires
Ozone troposphérique Irritation et inflammation pulmonaire
Diminution de la fonction respiratoire
Toux, douleur thoracique, essoufflement
Moins de capacité à faire de l'exercice
Aggravation des problèmes d'asthme et des bronchites
Taux de mortalité accru
Taux d'hospitalisation accru pour des maladies cardiorespiratoires
Monoxyde de carbone Diminution pouvoir oxyphorique du sang
Moins de capacité à faire de l'exercice
Apparition plus rapide d'angine de poitrine
Effets sur le comportement neurologique
Anhydride sulfureux Aggravation des problèmes d'asthme
Sifflement, serrement de poitrine, essoufflement
Oxydes d'azote Diminution de la fonction respiratoire
Toux, douleur thoracique, essoufflement
Taux d'hospitalisation accru pour des problèmes d'asthme

Qualité de l'eau

L'accès à de l'eau potable en quantité suffisante qui sert à la consommation, à la cuisson et au lavage est essentiel au développement sain des enfants. L'accès à de l'eau potable est tout particulièrement important pour la santé des enfants puisque ceux-ci boivent deux fois et demie plus d'eau que les adultes.16 Les jeunes enfants sont exposés aux polluants chimiques et biologiques en buvant de l'eau contaminée ou parfois en absorbant des contaminants chimiques par voie cutanée durant des activités récréatives comme la natation et les jeux aquatiques.

Aujourd'hui, environ 87 % des Canadiens et leurs enfants ont accès à de l'eau traitée de leur municipalité dans leurs foyers et c'est pour cette raison que le pays a l'un des taux les moins élevé de maladies hydriques au monde.17 Au Canada, les bactéries qui se retrouvent les plus souvent dans l'eau non traitée sont la campylobactérie, le colibacille, la salmonelle et la Shigella.18 En 1996, la campylobactérie était la maladie entérique la plus portée à l'attention des autorités en matière de santé publique,19 suivie de la salmonelle et du Giardia (un parasite).20 Le nombre de cas d'infection à la Salmonella rapporté était plus élevé pour les enfants de moins d'un an que pour toute autre tranche d'âge. De plus, les infections reliées à la campylobactérie, la Shigella, au Giardia et au colibacille O15721 sont rapportées plus souvent pour les enfants gés de 1 à 4 ans que pour toute autre tranche d'âge.22 Les infections causées par ces organismes peuvent aussi provenir des aliments et, d'après les sources de données sur les infections entériques, il est difficile de retracer si celles-ci proviennent d'agents pathogènes contenus dans l'eau ou les aliments. Les enfants qui courent un plus grand risque sont ceux qui ne boivent pas de l'eau traitée par leur municipalité, notamment les enfants qui demeurent dans des régions rurales ou éloignées du pays.

Le taux de contaminants chimiques dans l'eau potable traitée est habituellement moindre que le taux minimal décelable ou très faible. Toutefois, l'eau provenant de puits privés situés sur des exploitations agricoles, ou près de celles-ci, peut contenir des taux de nitrate élevés, un phénomène relié à des problèmes sanguins chez les très jeunes enfants.

Qualité des aliments

Au Canada, les aliments sont le principal moyen d'être exposé à des contaminants biologiques et chimiques. Ce phénomène revêt une grande importance pour la santé des enfants, car ils mangent de trois à quatre fois plus qu'un adulte moyen, toute proportion gardée.23 Plus de 10 000 cas de contamination bactérienne par voie alimentaire sont rapportés tant chez les adultes que les enfants au pays à chaque année. Il pourrait y avoir autant de cas qui n'ont pas été rapportés.24 Les contaminations alimentaires sont surtout causées par la salmonelle, la campylobactérie et le colibacille. La plupart des maladies pourraient être évitées en accordant une meilleure attention à la manipulation des aliments, à leur entreposage et à leur cuisson.

Environ 80 à 90 % de l'exposition quotidienne à des polluants organiques persistants (POP), comme les BCP, la dioxine et les pesticides organochlorés, passe par les aliments.25 Toutefois, les taux de plusieurs POP présents dans l'environnement ont diminué au cours des dix dernières années. Le Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord a découvert que les femmes Inuit qui se nourrissent d'aliments traditionnels ont dans leurs organismes des taux de certains POP et de mercure qui dépassent les normes permises par Santé Canada. Leurs enfants pourraient donc subir de légers troubles neurologiques du développement en raison de leur exposition précoce à ces substances toxiques. Même si la consommation d'aliments traditionnels contenant des contaminants peut être reliée à une plus grande exposition et à de plus grands risques pour la santé, les diètes à base de tels aliments ont de grands avantages nutritionnels et sont à la base d'un mode de vie social, culturel et spirituel pour les peuples autochtones du Canada.26

Des études récentes montrent la valeur du lait maternel pour la santé du nouveau-né, et près de 80 % des nourrissons canadiens sont allaités à la naissance27. Cependant, le lait maternel peut contenir de très faibles taux de POP accumulés dans l'organisme de la mère, notamment des BPC et même certains pesticides. Depuis 1967, Santé Canada mesure le taux de ces substances dans le lait maternel. Les résultats indiquent que les taux ont diminué au fil du temps.

Même si les enfants peuvent être exposés aux POP par le biais du lait maternel, Santé Canada, l'Organisation mondiale de la santé, la Société canadienne de pédiatrie et l'American Pediatric Society ont tous déclaré que les avantages reliés à l'allaitement naturel sont infiniment supérieurs aux risques théoriques associés aux taux de contaminants présents à l'heure actuelle dans le lait maternel.28

Sol et poussière

Les bébés et les enfants qui commencent à marcher peuvent ingérer de la terre et de la poussière en jouant sur le sol ou en mettant des objets ou leurs doigts dans leur bouche. On évalue qu'en moyenne un enfant ingère entre 0,1 et 0,2 mg de terre par jour. Toutefois, les enfants affligés de la maladie de « pica » – un désir anormal de manger de la terre et des substances non alimentaires – peuvent ingérer entre 5 et 10 gr de terre par jour.29

L'ingestion de poussière et de terre est perçue en général comme le principal moyen d'exposer un enfant au plomb et à d'autres métaux. Les taux de concentration de plusieurs métaux et métalloïdes – dont, le plomb, le mercure, l'arsenic, le cadmium, le cuivre, le zinc et l'antimoine – sont plus élevés dans la poussière intérieure que dans la poussière extérieure et la terre présente dans les environnements urbains normaux. Les causes précises de cette concentration plus élevée sont, dans la plupart des cas, inconnues.30 Cependant, la peinture à base de plomb, utilisée dans les plus vieilles maisons, contribue à accroître le taux de plomb dans la poussière.

L'environnement intérieur

Au Canada, les jeunes enfants passent plus de 90 % du temps à l'intérieur,31 surtout à la maison. La grande majorité vivent dans un logement qui respecte ou surpasse les normes actuelles de convenance, de suffisance, de capacité financière et de satisfaire aux besoins essentiels. D'autres études seront nécessaires pour déterminer s'il y a une relation de cause à effet entre le logement et le développement sain des enfants.

Qualité de l'air à l'intérieur

La pollution atmosphérique intérieure est l'un des principaux risques relié à la santé publique.32 Le Tableau 2 énumère les principaux polluants atmosphériques intérieurs qui peuvent affecter les enfants et leurs origines.

Tableau 2 : Polluants atmosphériques intérieurs qui peuvent affecter les enfants33
Contaminant Origines possibles
Amiante Vieil isolant sur les conduites de chauffage et de l'équipement
Certains carreaux de revêtement de sol en plastique vinylique
Matériel à jointement pour cloison sèche datant d'avant 1977
Carton à l'enrouleuse et bardeau pour mur extérieur à base de ciment et d'amiante
Vieille couche de finition (avant les années 1970)
Sous-produits de combustion
  • Monoxyde de carbone (CO)
  • Dioxyde d'azote (NO2)
  • Anhydride sulfureux (SO2)
  • Particules de suie
  • Composés azotés
Cuisinières et appareils à gaz
Poêles à bois et au charbon
Moteurs à essence et au gaz propane
Foyers
Refoulement d'air des conduits de cheminée
Chandelle et encens
Fumée du tabac
  • CO
  • NO2
  • Dioxyde de carbone
  • acide cyanhydrique
  • nitrosamine
  • hydrocarbure aromatique
  • benzo[a]pyrène
  • particules
  • benzène
  • formaldéhyde
  • nicotine
Cigarettes
Pipes
Cigares
Aldéhydes Certains agglomérés de bois, contreplaqués, panneaux en bois pressé, lambris
Certains tapis et dossier de tapis (surtout des matériaux nouveaux)
Certains meubles et matériaux teints
Certains produits d'entretien ménager et désodorisants
Certaines colles et résines
Fumée du tabac
Tissus infroissables
Agents biologiques
  • spores fongiques
  • bactéries
  • virus
  • pollens
  • arthropodes
  • protozoaires
Moisissures et autres champignons
Humidificateurs et eaux stagnantes
Surfaces et matériaux endommagés par l'eau
Serpentin à condensation et bac récepteur des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation
Bac récepteur des réfrigérateurs
Certaines bactéries thermophiles sur des éléments chauffants sales
Animaux, rongeurs et insectes
Humains
 
Radon
  • Radon et produit de filiation du radon
Radon issu du sol et de l'eau
Certains matériaux de construction comme le granite
Composé organique volatil (CVO)
  • alcanes
  • hydrocarbures aromatiques
  • esters
  • alcools
  • aldéhydes
  • cétones
Solvants, assouplisseurs, désodorisants et produits d'entretien
Peintures, colles, résines, essence entreposée, cires et matériaux à polir
Propulseurs et produits de nettoyage à sec
Certains tissus et meubles
Stylos et crayon marqueur
Liants et plastifiants

Fumée secondaire du tabac

La fumée secondaire du tabac est le plus nocif de tous les polluants atmosphériques intérieurs. Ses principales répercussions sur la santé des enfants sont un risque accru concernant les infections de l'oreille moyenne, l'asthme, la bronchiolite, l'insuffisance de poids à la naissance, la maladie de la mort subite chez l'enfant et les brûlures.34

En 2001, 21 % des enfants canadiens de moins de 12 ans étaient exposés à de la fumée secondaire du tabac de façon régulière dans leur foyer. Ce chiffre représente un peu plus de 800 000 enfants. Or, c'est une amélioration notable par rapport à 1996-1997, alors qu'une telle situation se retrouvait dans 33 % des foyers où vivaient de jeunes enfants.35

Agents biologiques

Les agents biologiques – dont, les moisissures, les bactéries, les acariens détriticoles, le pollen, la squame animale et les arthropodes (comme les coquerelles) – sont la deuxième principale cause de pollution atmosphérique intérieure. Les moisissures se développent dans des milieux humides comme les cuisines, les salles de bain et les sous-sols. Elles peuvent entraîner des réactions allergiques chez certains enfants. Une étude portant sur 30 communautés canadiennes a démontré que les taux d'asthme, de bronchites et d'affections poitrinaires, de sifflements et de toux étaient beaucoup plus élevés dans des maisons humides et ayant des moisissures.36 La présence d'acariens détriticoles, de squame animale et de coquerelles peut aussi entraîner des réactions allergiques, et est reliée à une aggravation de l'asthme.37

Pesticides

Les jeunes enfants peuvent être exposés aux pesticides dans leurs foyers. En effet, des études ont démontré que des pesticides sont utilisés dans plus de 90 % des foyers.38 Une étude américaine a constaté que plus de 80 % des familles sondées utilisaient des pesticides alors même qu'une personne vivant dans la maison était enceinte et que 70 % utilisaient des pesticides durant les 6 premiers mois de la vie d'un enfant.39 La terre et la poussière contaminées par des pesticides transportées dans la maison par les animaux et les êtres humains sont principalement à l'origine des résidus de pesticides contenus dans la poussière domestique.40 Un récent article sur les enfants vivant dans les régions agricoles révèle que l'urine d'environ 30 % des enfants montrait des taux décelables des herbicides 2,4-D ou MCPA lorsque ces herbicides étaient utilisés sur leurs fermes.41

Contaminants chimiques dans les produits de grande consommation

À l'occasion, on a trouvé des résidus chimiques nocifs dans des produits destinés aux enfants. Notamment vers le milieu des années 1980, l'utilisation de dioctylphtalate dans les produits plastique vinylique souples destinés aux enfants a été éliminée progressivement à cause de préoccupations touchant la santé. De plus, en 1998, Santé Canada a émis une mise en garde concernant le phtalate de diisononyle, qui avait remplacé le dioctylphtalate.42 Les produits touchés par cet avis comprenaient les jouets de dentition, les hochets et autres jouets en plastique vinylique souples que les très jeunes enfants peuvent mâchouiller ou sucer.

Les jeunes enfants peuvent être exposés aux produits chimiques nocifs contenus dans d'autres genres de produits, surtout ceux servant à construire, à décorer ou à meubler une maison. Les agglomérés de bois, les tapis, les rideaux, les solvants, les peintures, les colles et les vernis peuvent tous dégager des composés organiques volatiles, comme les aldéhydes, surtout lorsque ceux-ci sont neufs ou fraîchement appliqués. Les enfants peuvent aussi être exposés à de faibles doses de substances chimiques contenues dans les produits de préservation du bois, s'ils touchent à du bois traité ou ingèrent de la terre contaminée en portant leurs doigts dans leur bouche. Même si les risques pour la santé sont infimes,43 l'industrie du bois mettra fin – d'ici la fin de 2003 – à l'utilisation de l'arséniate de cuivre chromaté pour traiter le bois destiné à des fins résidentielles.44

Au cours des dernières années, les niveaux d'éther de diphényle polybromé présents dans l'environnement45 et dans le lait maternel46 ont augmenté de façon notable. Ce produit sert à renforcer le caractère ignifuge d'une vaste gamme de produits, dont les véhicules, les meubles, les tissus, les tapis, les matériaux de construction et les circuits électroniques. Il peut dérégler la glande thyroïde et causer des troubles neurologiques,47 mais des recherches devront être effectuées pour corroborer ces constatations.

Mesures de la santé et des maladies

Il est souvent très difficile d'établir que des dangers environnementaux sont la cause de problèmes de santé précis chez des enfants. La raison en est que la plupart des problèmes de santé peuvent être causés par divers facteurs – et non pas uniquement par les dangers environnementaux. Cependant, des études épidémiologiques et toxicologiques peuvent fournir des renseignements qui suggèrent ou révèlent que l'exposition à ces dangers peut jouer un rôle dans l'apparition de la maladie. À titre d'exemple, une étude américaine récente a évalué que, chez les enfants 30 % de tous les cas d'asthme, 10 % des problèmes de comportement neurologique, 5 % des cas de cancer et 100 % de tous les empoisonnements par le plomb sont reliés aux polluants présents dans l'environnement.48

Ce rapport envisage trois façons de mesurer l'état de santé des enfants et les maladies causées par un danger environnemental – asthme, résultats de la grossesse et troubles neurologiques du développement.

Asthme

La pollution atmosphérique et d'autres dangers environnementaux sont associés à plusieurs troubles respiratoires, dont une aggravation de l'asthme. L'asthme peut entraîner des sifflements, de la difficulté à respirer et des douleurs thoraciques. C'est la maladie chronique la plus répandue parmi les enfants.49

Chez les enfants, la prédisposition à l'asthme semble apparaître au cours du développement du foetus et durant les trois à cinq premières années de la vie. La pollution atmosphérique ne semble pas causer l'asthme, mais bien l'aggraver. D'autres dangers environnementaux possibles sont l'exposition à la fumée secondaire du tabac et aux allergènes en suspension dans l'air comme les moisissures, la squame animale, les acariens détriticoles et les coquerelles.

En 2000-2001, 10 % des jeunes enfants canadiens âgés de 5 ans ou moins souffraient d'asthme.50 Cette maladie est la principale cause d'hospitalisation des enfants au Canada, représentant 12 % de toutes les admissions hospitalières d'enfants de moins de 5 ans. En 1998, le taux d'hospitalisation pour les cas présentant des symptômes d'asthme était le plus élevé pour les enfants de moins de 5 ans que pour tous les groupes d'âge, et plus de garçons que de filles de ce groupe d'âge ont été hospitalisés.51 Toutefois, le taux d'hospitalisation diminue depuis pour les garçons et les filles (voir la Figure 1).

Figure 1 : Taux d'hospitalisation causée par l'asthme (par 100 000), pour les enfants âgés de 4 ans ou moins, selon le sexe, de 1987-1988 à 1998-1999 (basé sur la population canadienne en 1991)52

Taux d'hospitalisation causée par l'asthme (par 100 000), pour les enfants âgés de 4 ans ou moins, selon le sexe, de 1987-1988 à 1998-1999 (basé sur la population canadienne en 1991)

Source : Centre de prévention et de contrôle des maladies chroniques, Santé Canada, d'après la base de données sur la morbidité hospitalière de l'Institut canadien d'information sur la santé.

Résultats de la grossesse

Un bon poids à la naissance est un déterminant clé de la santé d'un enfant. Une insuffisance de poids à la naissance (moins de 2 500 gr ou environ 5,5 lb) peut entraîner de graves problèmes de santé et des retards du développement. En 2000, 5,6 % de tous les bébés nés au Canada souffraient d'une insuffisance de poids à la naissance. Plus de la moitié de tous les bébés ayant un poids insuffisant à la naissance étaient des prématurés,53 c'est-à-dire qu'ils étaient nés avant 37 semaines de grossesse.

Un facteur environnemental qui influe sur le poids d'un bébé est le tabagisme maternel. En 2000-2001, 18,5 % des mères de jeunes enfants ont déclaré avoir fumé durant leur grossesse.54 D'autres facteurs environnementaux qui peuvent être importants sont l'exposition de la mère au BPC, au plomb, à certains pesticides et à la pollution atmosphérique extérieure.55 Une étude récente sur le Nord canadien a constaté que l'exposition avant la naissance aux BPC diminuait le poids et la grandeur à la naissance de même que la durée de la grossesse.56 Ces constatations corroborent aux études précédentes faites sur d'autres populations.57

Troubles neurologiques du développement

Des études indiquent qu'entre 3 et 8 % des bébés qui naissent à chaque année aux États-Unis souffriront de troubles neurologiques du développement.58

Ces troubles neurologiques sont des incapacités au niveau du cerveau et/ou du système nerveux qui affectent le comportement, la mémoire et/ou l'aptitude à l'apprentissage. Les causes en sont généralement inconnues. Toutefois, certaines études ont révélé que l'exposition à certains contaminants environnementaux peut y jouer un rôle.

L'exposition au plomb, durant la grossesse ou la petite enfance, est reliée à plusieurs troubles neurologiques du développement, dont des problèmes d'apprentissage, un plus faible niveau d'intelligence et un développement cognitif altéré. Elle est aussi rattachée à l'hyperactivité avec déficit de l'attention, à une propension au décrochage, à une déficience en lecture, à un vocabulaire limité et à un rendement scolaire inférieur. Et, elle accroît le risque d'un comportement antisocial et de délinquance.59 Heureusement, le niveau moyen de plomb dans le sang de la plupart des enfants canadiens diminue depuis le début des années 1970, surtout à cause de la disparition progressive de l'essence au plomb.

Des effets neurologiques sur le développement ont été rapportés dans trois grandes études faites en Nouvelle-Zélande, aux Seychelles et aux îles Féroé, portant sur les enfants dont les mères mangeaient des poissons ou mammifères marins contenant du méthylmercure avant et pendant leur grossesse.60 Ces effets comprenaient un plus faible niveau d'intelligence, de l'inattention et peu de mémoire et leur importance était proportionnelle à l'exposition subie par la mère. Les effets sur les enfants de Nouvelle-Zélande et des îles Féroé étaient encore présents à l'âge de 7 ans, tandis qu'ils avaient diminué chez les enfants des Seychelles, dont les mères avaient des taux de mercure dans le sang moindres au début de l'étude. Les études canadiennes sur les villages de pêcheurs du Nord québécois ont démontré qu'il existe une corrélation entre le développement du système immunitaire et l'exposition du foetus au méthylmercure, aux BPC et au plomb. 61

Les études ont bien démontré le lien entre la consommation par la mère d'aliments contaminés par des BPC et la mesure du fonctionnement cognitif durant la petite enfance et l'enfance, mais le mécanisme d'action n'est pas clair.62 Il se peut que le BPC dérègle le métabolisme normal des hormones endocrines, ce qui peut influer sur le développement neurologique.

Conclusion

Les études révèlent de plus en plus que l'environnement physique affecte de façon significative la santé et le développement des enfants. Des recherches permanentes aideront à approfondir les liens entre les dangers environnementaux et les problèmes de santé chez les enfants.